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 07 Juin 2006 : Interview - RTL

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MessageSujet: 07 Juin 2006 : Interview - RTL   Dim 8 Oct - 10:40

07 Juin 2006 : Interview - RTL

"Je crois que, si nous arrivons aux responsabilités, nous devons être dans une démarche de politique par la preuve"

Jean-Michel Apathie

Bonjour, Ségolène Royal.


Ségolène Royal

Bonjour.


Jean-Michel Apathie

Le Parti Socialiste a adopté hier soir son projet en vue de l’élection présidentielle de 2007. Les militants socialistes vont maintenant en débattre et ils le voteront le 22 juin. Allez-vous, à partir d’aujourd’hui, Ségolène Royal, conformer point par point votre expression publique à ce qui est contenu dans ce projet ou allez-vous conserver votre liberté de parole ?


Ségolène Royal

D’abord, de quoi s’agit-il ? Il s’agit de préparer l’alternance. Les Français ont envie qu’une page se tourne. Ils voient que le pays est dans une grave crise morale, économique, sociale, que toutes les solidarités sont en train d’être délitées par ce gouvernement de droite et ils ont envie de croire à nouveau dans l’avenir. La responsabilité des socialistes, c’est d’abord de se rassembler, c’est ensuite d’être capables de rassembler la gauche et de rassembler aussi une majorité dans ce pays pour gagner les prochaines échéances présidentielles. C’est d’être crédibles dans ce qu’ils disent et d’incarner vraiment un changement. C’est ce que les socialistes ont fait.


Jean-Michel Apathie

Ce projet, allez-vous vous y conformer ou allez-vous garder votre liberté parole ?


Ségolène Royal

Mais ce n’est pas un problème personnel, je fais partie…


Jean-Michel Apathie

Ma question s’adresse à vous : votre liberté de parole a beaucoup été entendue ces derniers jours, allez-vous la conserver ?



Ségolène Royal

Oui et heureusement. Je conserve ma liberté de parole comme tous les socialistes conservent la leur puisqu’aujourd’hui, le projet va retourner dans les territoires pour que les socialistes s’en emparent et continuent à l’améliorer. Bien évidemment, ce projet sera celui de tout candidat à l’élection présidentielle. C’est pour cela qu’il a été fait. C’est l’aboutissement d’un long cheminement, des Etats-Généraux, des savoir-faire des élus sur les territoires, des contributions de tous ceux qui ont pris la parole au fil de son élaboration. La commission du projet a été présidée hier avec doigté et talent par François Hollande. Je crois que c’est grâce à ça – il fallait le dire – que les travaux se sont très bien déroulés. Aujourd’hui, ce projet engage tous les socialistes…



Jean-Michel Apathie

Y compris vous, on va regarder ça dans le détail avec Alain Duhamel.



Alain Duhamel

Vos propos sur la fermeté face à la délinquance ont fait beaucoup de bruit. Il y a une mesure phare que vous avez proposée – l’encadrement militaire d’actions humanitaires ou de formation professionnelle pour des adolescents primo-délinquants – et que le projet ne retient pas. Alors, votre fameuse proposition, vous la maintenez ou vous l’enterrez ?



Ségolène Royal

D’abord, je n’ai jamais proposé que les militaires interviennent dans des centres fermés.



Alain Duhamel

Non, je n’ai pas dit ça.


Ségolène Royal

Ce qui été explicitement écarté, c’est l’intervention de militaires dans des centres fermés, c’est à dire des centres à l’américaine dont tout le monde connaît l’échec et, bien sûr, cela ne me gêne aucunement. Ce qui m’importe, c’est que tout le monde sache et que tous les jeunes puissent se dire que, dans ce pays, les socialistes feront tout ce qui est en leur pouvoir – vous m’entendez, Monsieur Duhamel : tout ce qui est en leur pouvoir – pour que les jeunes ne finissent pas en prison. Il y a aujourd’hui des générations sacrifiées. A la sortie de prison, deux jeunes sur trois récidivent, c’est à dire que, quand on entre en prison, on en sort plus délinquant qu’avant. Quelle est la logique de la droite ? C’est de construire de plus en plus de places de prison ! Eh bien, la politique de gauche, c’est de refuser cette fatalité, c’est d’enrayer cette machine à fabriquer de la délinquance de masse que Monsieur Sarkozy a créée puisque c’est quand même lui qui est aux responsabilités. Or on voit que non seulement la délinquance augmente, puisqu’il y a deux fois plus de voitures brûlées cette année que l’année dernière, mais aussi que les atteintes aux personnes ont augmenté de 20%. Je dis que ce n’est pas une fatalité. Je dis que ceux qui souffrent de l’insécurité sont les plus fragiles et les plus modestes, ceux qui sont dans les quartiers les plus en difficulté. Laissez-moi terminer avec cette question qui est très importante. Monsieur Duhamel, vous conviendrez avec moi que, pour enrayer cette délinquance de masse, il faut intervenir le plus en amont possible, c’est à dire qu’il faut d’abord que les institutions fonctionnent bien, là où elles sont. Il faut donc notamment que la famille et les parents fonctionnent bien, qu’on repère les parents qui sont en difficulté. La possibilité de mettre sous tutelle les allocations familiales a été retenue par le projet socialiste, elle ne l’était pas au départ. C’est un élément que j’ai plaidé en expliquant bien que c’est différent de ce que fait la droite puisque la droite supprime les allocations familiales, c’est à dire qu’elle enfonce les familles. La logique de la gauche n’est pas d’enfoncer les gens mais au contraire d’intervenir au bon moment et de les tirer vers le haut, de les remettre au besoin dans le droit chemin.



Alain Duhamel

En ce qui concerne l’encadrement militaire…



Jean-Michel Apathie

C’est une expression que vous avez employée la semaine dernière.



Ségolène Royal

C’est une expression que j’emploie et que j’assume. Le Parti Socialiste a écarté, je le répète, les centres fermés encadrés par des militaires que je n’ai jamais proposés. Le Parti Socialiste propose des alternatives à la prison c’est à dire que tout doit être fait pour éviter la prison. Le mot « militaire » ne figure pas dans le projet…



Jean-Michel Apathie

Vous le regrettez ?



Alain Duhamel

Vous y renoncez ou pas ?



Ségolène Royal

Je crois que, si nous arrivons aux responsabilités, nous devons être dans une démarche de politique par la preuve. On doit tout essayer et les socialistes ne doivent pas rester enfermés dans des formules ou avoir peur d’un certain nombre de symboles. Les gens sont intelligents. Ce qui compte, c’est de mobiliser les intelligences collectives et de mettre en place des projets qui ont fait leurs preuves dans les territoires. Ce n’est pas la peine d’aller se focaliser sur un mot qui a peut-être surpris à cause de ce à quoi peut être associé le mot « militaire ». Mais je le redis ici : parfois, il faut quand même évoluer. Au nom de quoi, dans une République, les professions revêtues d’un uniforme – les militaires, les gendarmes, les pompiers – seraient-elles considérées comme devant rester en marge de l’effort collectif de toute une société qui a envie de faire réussir ses jeunes ? C’est un chantier national majeur, un chantier de tout premier plan. Laissez-moi vous le dire : l’avenir que l’on réserve aux jeunes, la façon dont on leur redonne une chance pour qu’ils ne tombent pas en chemin et dont on les remet debout au bon moment et au bon endroit, c’est cela l’important. Les internats scolaires ont été retenus. Le soutien individualisé à l’école, que j’avais proposé, a été retenu. Le renforcement des adultes dans les collèges a été retenu…



Alain Duhamel

Donc, vous êtes contente.



Ségolène Royal

Donc je suis contente.



Alain Duhamel

Alors, en un mot, est-ce que vous êtes favorable ou pas à l’idée d’abaisser l’âge de la majorité pénale pour les adolescents délinquants et, cette fois-ci, multirécidivistes ? Ceux que les policiers arrêtent le soir et qu’on retrouve dans la rue le lendemain matin ?



Ségolène Royal

Ecoutez, Monsieur Duhamel, moi, je crois qu’on en a assez de ces lois pénales qui changent tout le temps, qui déstabilisent la magistrature, cette magistrature qui ne sait plus où elle en est et qui a d’abord besoin de moyens pour fonctionner. Je pense que la révolution à accomplir dans le domaine de la justice, c’est de donner les moyens de bien fonctionner aux tribunaux. Quand vous pensez qu’il y a des milliers de dossiers en attente concernant les mineurs, que, lorsqu’un juge des enfants prononce une décision de placement d’un mineur, il faut attendre 8 mois, 9 mois, parfois un an parce qu’on manque de places d’accueil et de moyens d’encadrement dans des lieux éducatifs pour les mineurs… C’est la grande misère de la justice des mineurs qui explique le dysfonctionnement judiciaire et désespère les policiers. Parce que, quand les policiers font des interpellations et que, derrière, la machine judiciaire ne fonctionne pas, tout le monde est découragé.
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MessageSujet: Re: 07 Juin 2006 : Interview - RTL   Dim 8 Oct - 10:44

Alain Duhamel

Alors, on ne touche pas à l’âge de la majorité pénale ?


Ségolène Royal

Non, on ne touche pas à l’âge de la majorité pénale mais on remet à niveau les services publics pour qu’ils fonctionnent bien. Je pense d’ailleurs qu’une des pistes pour réformer les services publics, c’est de pousser jusqu’au bout la décentralisation dans certains domaines. Moi, je suis par exemple favorable à la régionalisation de l’entretien et de la construction des prisons, de l’entretien et de la construction des tribunaux : je parle ici uniquement des bâtiments car ce que les Régions ont réussi avec les lycées, elles peuvent très bien le réussir pour un certain nombre de services publics, à condition que l’Etat leur transfère les ressources fiscales nationales nécessaires.



Jean-Michel Apathie

Votre projet n’est pas chiffré, Ségolène Royal. Il a été adopté hier mais il sera chiffré plus tard. Laurent Fabius disait qu’il réclamait des moyens importants : la formule vous convient-elle ? Faut-il des moyens importants pour appliquer le projet que vous avez adopté ?



Ségolène Royal

Il faut les moyens nécessaires pour appliquer les décisions…



Jean-Michel Apathie

Importants ?



Ségolène Royal

Importants, sans doute, oui.



Jean-Michel Apathie

Laurent Fabius disait : il faudra revenir sur les 20 milliards d’exonération de charges dont les entreprises ont bénéficié depuis 2002.



Ségolène Royal

Il y a dans le projet la remise à plat des exonérations qui ne semblent pas justes ou pas efficaces sur le plan économique. Donc il y aura des réformes fiscales mais on ne va pas rentrer ici dans le détail du financement puisque comme vous venez de…



Jean-Michel Apathie

Dans le détail, non, mais est-ce que les impôts et la fiscalité vont devoir augmenter pour financer votre projet ?



Nous verrons, Monsieur Apathie.



Jean-Michel Apathie

« Nous verrons », c’est : oui ?



Ségolène Royal

Nous verrons, puisque ce qui a été décidé hier c’est que le chiffrage du financement commence à l’issue de l’adoption du projet. Toutes ces questions seront donc remises à plat.



Jean-Michel Apathie

L’idée que la fiscalité doive augmenter…



Ségolène Royal

Je n’entrerai pas, Monsieur Apathie, dans un certain…



Jean-Michel Apathie

Pourquoi ?



Ségolène Royal

Parce que c’est la décision qui a été prise hier.



Jean-Michel Apathie

C’est difficile de dire que les impôts vont augmenter pour financer le projet ?



Ségolène Royal

Non. Mais le problème, ce n’est pas l’augmentation des impôts c’est la clarification de l’impôt. Le prélèvement fiscal doit d’abord être compris par les citoyens, c’est un objectif de la réforme. Il doit être transparent. Il doit être juste. Et il doit être efficace sur le plan économique.



Jean-Michel Apathie

Si, au bout du chemin, il y a augmentation de l’impôt, il faut l’assumer.



Ségolène Royal

En plus, Monsieur Apathie, on ne jette pas comme ça en pâture le principe de l’augmentation de l’impôt. Ce n’est pas comme ça qu’on prépare un projet de société. L’impôt est au service d’un objectif, il n’est pas abstrait, il ne se limite pas à « on augmente ou on baisse ». Ce n’est pas un argument politique. La politique, c’est d’utiliser les outils au service d’objectifs. Quels sont les objectif dans ce projet ? C’est la lutte contre le chômage, c’est de diviser par deux le taux de chômage, c’est de revenir en dessous des 5%…



Jean-Michel Apathie

Vous le chiffrerez quand, le projet ?



Ségolène Royal

Attendez, laissez-moi terminer ma phrase. Ramener le taux de chômage en dessous de 5%, d’autres pays y sont parvenus. Il n’y a pas de raison que nous n’y parvenions pas. Parmi les outils économiques ou sociaux pour parvenir à la baisse du chômage, il y a l’outil de la fiscalité. L’outil de la fiscalité sur l’environnement. L’outil de la fiscalité dans la décentralisation, qui sera une réforme très importante à faire en transférant aux collectivités les moyens d’exercer leurs responsabilités parce que c’est une source d’économie. Il y a aussi la lutte contre les gaspillages. Et il y a, enfin, l’impôt par rapport à l’efficacité économique et l’impôt par rapport à la justice sociale.



Alain Duhamel



Alors uniquement sur le principe, cette fois-ci : à propos des retraites, il y a à gauche beaucoup de gens qui souhaiteraient qu’on revienne à 37 années et demie de cotisations. D’autres, au Parti Socialiste, disent : il y a 40 ans et on va voir comment on gère leur financement. D’autres aussi redoutent d’être obligés, comme ça se fait dans beaucoup d’autres pays européens, y compris dirigés par la gauche, d’élever progressivement le nombre d’années de cotisations de retraite. Je ne vous demande pas une réponse technique mais vous, sur le principe, comment évaluez-vous les choses ?



Ségolène Royal

D’abord, si la gauche revient aux responsabilités, elle fera moins de lois et davantage de concertation, de consultations et de négociations avec les organisations syndicales. Sur cette questions-là, les organisations syndicales ont beaucoup travaillé. J’ai rencontré encore récemment Monsieur Chérèque. J’ai écouté d’autres responsables syndicaux. Il faut avoir une approche fine de ces questions, pas une réponse brutale et globale. Deux critères doivent rentrer en ligne de compte dans la réforme de la loi faite par la droite sur les retraites, qui, je le dis au passage, crée beaucoup d’inégalités. Je suis intervenue lors du débat à l’Assemblée nationale pour souligner en particulier les reculs en termes de protection des femmes.



Alain Duhamel

Des femmes, oui.



Ségolène Royal

L’allongement de la durée des cotisations pénalise très fortement les femmes dont les périodes de travail ont été interrompues à cause de l’éducation des enfants ou minorées à cause du travail à temps partiel forcé, c’est à dire souvent les catégories les moins qualifiées. Il faudra donc traquer l’ensemble des inégalités et des injustices créées par cette loi. J’ajoute que la question des retraites pose aussi celle du pouvoir d’achat des petits retraités. Vous savez, je suis parlementaire et, dans ma circonscription, je vois de plus en plus de personnes qui vivent des petites retraites issues de leur travail – et je ne parle même pas des personnes âgées au minimum vieillesse – et qui ne font qu’un repas par jour. Parce que je vais vous dire : avec l’augmentation du coût de l’énergie donc du chauffage, eh bien les petits retraités sont obligés, pour pouvoir se chauffer, de moins s’alimenter. Quand on voit, dans une société comme la France, cette paupérisation des petits retraités, on se dit que le dispositif n’est pas juste. En fait, sur la réforme des retraites et pour calculer la durée des cotisations, il faudra en tenir compte et ne pas imposer à tout le monde la même règle. Parce que si vous imposez à tout le monde la même règle, vous commettez des injustices. Il faut tenir compte de la pénibilité des tâches et de l’espérance de vie. Si on tient compte de ces deux critères, on peut adapter intelligemment la durée des cotisations pour être juste. Mais ce travail devra se faire en négociation avec les organisations syndicales parce que, comme je l’ai dit tout à l’heure, gouverner aujourd’hui un pays moderne, c’est s’appuyer sur les intelligences collectives, sur les gens qui sont tous les jours au contact des problèmes, soit qu’ils les vivent, soit qu’ils y réfléchissent. Les dirigeants n’ont pas la science infuse mais s’ils prennent un peu de temps pour faire confiance à leurs interlocuteurs et réfléchir avec eux, alors ils sont collectivement intelligents.



Jean-Michel Apathie

Vous avez expliqué, Ségolène Royal, dans le deuxième chapitre de votre livre, que les 35 heures, la grande réforme du gouvernement Jospin, avait abouti à une « dégradation de la situation des plus fragiles ». Daniel Vaillant et Jean Glavany, qui ont siégé avec vous dans le gouvernement de Lionel Jospin, disent : mais quand elle était au gouvernement, elle ne l’a jamais dit. Alors pourquoi ne l’avez-vous pas dit avant ?



Ségolène Royal

Ce n’est pas d’aujourd’hui que j’ai pris conscience qu’au bas de l’échelle salariale, les ouvriers, les employés, les femmes en particulier ou les moins qualifiés ont, eux, été durement touchés par la réorganisation que certaines entreprises ont fait peser sur ces salariés. Lorsque le rapport de forces syndical n’a pas permis de négocier correctement le passage aux 35 heures, ils ont subi…
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MessageSujet: Re: 07 Juin 2006 : Interview - RTL   Dim 8 Oct - 10:56

Jean-Michel Apathie

Mais cette prise de conscience, elle date de quand ?


Ségolène Royal

Elle date de la fameuse campagne des élections législatives où on a bien vu ce qui se passait…


Jean-Michel Apathie

De 2002 ?


Ségolène Royal

Moi, je suis parlementaire. Je vais vous dire…



Jean-Michel Apathie

Mais, quand vous étiez au gouvernement, vous n’en aviez pas conscience ?



Ségolène Royal

Mais si.



Jean-Michel Apathie

Et vous ne le disiez pas ?



Ségolène Royal

Mais si, bien sûr…



Jean-Michel Apathie

Vous l’avez dit, vous ?



Ségolène Royal

Oui, bien sûr, je l’ai dit sur les 35 heures…



Jean-Michel Apathie

A Lionel Jospin ?



Ségolène Royal

Oui, je l’ai dit à Lionel Jospin. Pas sur cette partie-là de l’application des 35 heures mais sur leur instauration dans les services publics et notamment dans les services publics hospitaliers, dans ceux de la petite enfance et de l’accueil des personnes handicapées. Je me souviens très bien…



Jean-Michel Apathie

Et il ne vous a pas entendue ?



Ségolène Royal

Si, puisque suite à une réunion de ministres concernant le passage aux 35 heures dans les services publics, alors qu’aucun poste ne devait être créé en accompagnement de la réduction du temps de travail (il devait simplement y avoir un gain d’organisation et de productivité), et suite à un débat dont je vais vous donner le contenu, un certain nombre de créations d’emplois ont été décidées. Sauf que ces créations d’emplois ont en lieu en décalage avec le passage aux 35 heures et que ça a donc causé beaucoup de problèmes. Je me souviens très bien d’avoir donné à Lionel Jospin, qui en a d’ailleurs été convaincu, cet exemple très concret : dans les structures d’accueil des personnes en situation de handicap, en particulier dans certaines structures privées où la réorganisation avait été faite de façon un peu brutale, le passage aux 35 heures qui n’avait pas été accompagné de créations d’emplois aboutissait à ce qu’il n’y ait plus suffisamment de personnel pendant les week-ends. Eh bien, pendant tout le week-end, les personnes handicapées restaient dans leur fauteuil équipé pour faire sous elles ! Je dis les choses telles que je les ai dites au cours d’un Conseil des Ministres. J’ai dit qu’il n’était pas possible qu’on accepte des choses comme ça. Pareil pour les enfants : les structures d’accueil de la petite enfance ont renvoyé le week-end des enfants dans des familles maltraitantes parce qu’il n’y avait plus de personnel pour s’occuper d’eux. J’ai cité en Conseil des Ministres ces deux exemples et à ce moment-là, le Premier Ministre a dit : elle a raison, nous allons donc créer des postes dans les structures d’accueil sociales.

En ce qui concerne la dégradation des conditions de travail de certains salariés en liaison avec les 35 heures, pendant cette fameuse campagne des élections législatives de 2002 où on a compris qu’il n’y avait pas seulement une dégradation du niveau de salaire mais aussi une dégradation des conditions de vie au travail, j’y ai été confrontée parce que, dans ma circonscription, j’ai un abattoir. Les ouvriers sont venus me voir et m’ont dit : depuis le passage aux 35 heures, savez-vous ce qui se passe ? Eh bien, on a augmenté de 50% le nombre d’animaux qui arrivent sur la chaîne, c’est à dire qu’au lieu d’abattre, par exemple, 100 porcs à l’heure, on en a 150 à abattre par heure. Et quand on sort de notre travail, on est tellement épuisés qu’une fois chez soi, on n’a même plus la force d’embrasser nos enfants. Et en plus, il y a des coupures qui interviennent en milieu de journée, c’est à dire que la récupération des horaires se faisait au hasard de la charge de travail dans l’entreprise. Même chose que pour les caissières dans les super-marchés. Monsieur Apathie, ce que je voudrais vous dire c’est qu’hier, au sein de la commission du projet, personne n’a contesté cela.



Jean-Michel Apathie

Même Martine Aubry ?


Ségolène Royal

Même Martine Aubry ne l’a pas contesté. Je pense que c’est une bonne chose parce que, si on veut, en France, régler avec fermeté les problèmes des gens qui souffrent, si l’on veut remettre un ordre juste, un ordre social juste, alors il faut avoir le courage de regarder les problèmes en face. Dire cela, ce n’est pas remettre en cause la totalité d’une réforme. Car la réforme des 35 heures constitue un progrès social. Diminuer le temps de travail pour avoir plus de temps pour ses loisirs, pour sa famille, c’est un progrès. Mais il faut piloter les réformes et rectifier les choses au besoin. Ce n’est pas un constat d’échec, au contraire, mais il faut améliorer les choses et les piloter en restant à l’écoute des gens.



Alain Duhamel

Au sein du Parti Socialiste, parmi les dirigeants en tout cas, beaucoup vous reprochent de « jouer personnel » et de diviser le Parti, on l’a beaucoup entendu, vous l’avez beaucoup entendu ces jours-ci. Est-ce que c’est un reproche que vous assumez, un risque que vous prenez, ou quelque chose que vous trouvez injuste ?



Ségolène Royal

Ecoutez, Monsieur Duhamel, j’entends beaucoup de critiques, en effet, parmi certains responsables qui font beaucoup de bruit mais qui sont assez peu nombreux, au demeurant, alors qu’à la base, je ressens un très fort soutien. Donc, cherchez l’erreur, Monsieur Duhamel.



Jean-Michel Apathie

Seriez-vous prête, s’il était candidat, à vous effacer devant Lionel Jospin ?



Ségolène Royal

Je suis parfaitement sereine par rapport à cette question.



Jean-Michel Apathie

Donc vous allez répondre sereinement.



Ségolène Royal

Eh bien, je le répète : c’est celui ou celle qui sera le mieux placé pour battre la droite qui sera le candidat des socialistes.



Jean-Michel Apathie

Si Lionel Jospin est candidat, qu’est-ce que vous faites ?



Ségolène Royal

S’il est le mieux placé pour battre la droite, je le soutiens, ça ne me pose aucun problème. En plus, je vais vous dire…



Jean-Michel Apathie

Mais irez-vous jusqu’au bout ? Posons la question autrement pour essayer d’avoir une réponse claire pour nos auditeurs : pouvez-vous dire ce matin, Ségolène Royal, que vous irez jusqu’au bout devant le vote des militants ?



Ségolène Royal

J’irai jusqu’au bout si je suis la mieux placée, Monsieur Apathie.



Jean-Michel Apathie

Si Lionel Jospin est candidat, il est possible que vous vous retiriez ?



Ségolène Royal

Si Lionel Jospin est le mieux placé pour battre la droite, je le soutiendrai, comme tout autre candidat.



Jean-Michel Apathie

Il est possible que vous vous retiriez devant Lionel Jospin s’il est candidat ? C’est une possibilité ?



Ségolène Royal

Je me retirerai devant tout candidat mieux placé que moi.



Jean-Michel Apathie

Ce n’est pas de la langue de bois. C’est clair comme ça.



Ségolène Royal

C’est clair mais je l’ai toujours dit. Je vais vous dire aussi quelque chose par rapport à tout ce que j’entends. Moi, j’ai une relation de respect par rapport à Lionel Jospin. J’ai été Ministre dans son gouvernement, j’y ai été très heureuse, j’ai pu faire les réformes que je voulais faire et j’ai donc du respect pour lui. Je pense que, de toute façon, il aura un rôle éminent à jouer dans cette campagne et que, pour battre la droite, il faudra que nous soyons tous rassemblés.



Jean-Michel Apathie

Vous le voyez ? Vous l’avez vu récemment ?



Ségolène Royal

Cela ne vous regarde pas.



Jean-Michel Apathie

C’est la question que je pose et j’ai le droit de la poser.



Ségolène Royal

Oui mais moi, j’ai le droit de vous répondre que cela ne vous regarde pas.



Alain Duhamel

Je vais en poser une autre : François Hollande, comme Premier Secrétaire du Parti Socialiste, avait fixé une règle qui était, en gros : jusqu’aux vacances, on s’occupe du projet et on ne mène pas de campagne présidentielle personnelle, et après les vacances, à ce moment-là, il y a un processus de désignation et les différents candidats s’affrontent. Vous, vous avez été exceptionnellement active, présente… Et efficace, d’ailleurs.



Ségolène Royal

Grâce aux journalistes d’ailleurs, Monsieur Duhamel, grâce à vous.



Alain Duhamel

En particulier, bien entendu, grâce aux medias. Le résultat est que la règle fixée par François Hollande n’a pas été respectée. Alors, est-ce que vous n’avez pas construit votre record de popularité sur un record d’indiscipline ?



Ségolène Royal

Je ne le crois pas. Je pense qu’une organisation a des règles, que ces règles doivent être respectées et que je les respecte. La première règle à respecter, dans une organisation, c’est justement le respect. Si demain on veut construire la République du respect, ce dont les gens ont envie, ce dont les jeunes ont envie – « respect », c’est le mot qui revient le plus dans le rap ou le slam -, si l’on pense, comme moi, qu’il est temps de construire cette République du respect par rapport au système de divisions qu’incarne la droite, je crois qu’il faut commencer par se respecter les uns les autres. Vous l’avez entendu : je suis sans doute une des rares responsables socialistes à ne jamais dire du mal d’autres socialistes. Cette règle-là, je me l’impose. En revanche, en tant que responsable socialiste, en tant que Présidente de Région, en tant qu’animatrice d’un certain nombre de réunions, je me suis dit à un moment où beaucoup de gens m’écrivaient qu’il fallait un lieu où cette parole soit accueillie, où je mette les gens en contact les uns avec les autres pour qu’ils puissent discuter. Moi, je crois beaucoup à la démocratie participative, à l’intelligence collective comme je vous l’ai dit et je n’allais donc pas fermer mes oreilles à ce que les gens m’écrivaient et me taire face à ce qu’ils me disaient. Non. Je pense que ma responsabilité de femme politique c’est d’avoir un lieu – d’où le site « désirs d’avenir » - où ils peuvent se parler les uns aux autres. Ca leur appartient. Je pense que toute cette intelligence collective, cette joie de discuter, ces comités désirs d’avenir qui se mettent partout en place, eh bien, c’est formidable !



Jean-Michel Apathie

Ségolène Royal, qui ne répond pas aux questions qui ne nous regardent pas, était l’invitée exceptionnelle de RTL ce matin. Bonne journée.


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MessageSujet: Re: 07 Juin 2006 : Interview - RTL   Aujourd'hui à 18:27

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