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 13 Avril 2006 : Interview - Challenges

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MessageSujet: 13 Avril 2006 : Interview - Challenges   Dim 8 Oct - 9:32

Interview - Challenges

Pour agir juste, il faut s’appuyer sur la capacité d’expertise des citoyens et les associer plus directement à l’élaboration des décisions qui les concernent

Challenges.

Vous prônez la démocratie participative. En quoi l’expérience d’une région peut-elle être étendue à la France entière ?


Ségolène Royal.

La France vit une crise démocratique profonde. Les Français considèrent que leur gouvernement ne se préoccupe pas assez de ce qu’ils pensent, vivent, ressentent. Ils ne se désintéressent pas des affaires publiques : ils ont soif de politique efficace et construite avec eux. Pour agir juste, il faut s’appuyer sur la capacité d’expertise des citoyens et les associer plus directement à l’élaboration des décisions qui les concernent. A l’échelle nationale comme à l’échelle régionale. La mobilisation de cette intelligence collective donne de vrais résultats. L’autisme et l’arrogance de gouvernement, cela ne marche pas.


Face au rejet du CPE, que faut-il faire pour améliorer l’emploi des jeunes ?

Les jeunes ne veulent pas être assignés aux emplois jetables. Au lieu de fragmenter et d’insécuriser le travail, il faut dynamiser le marché de l’emploi. De nombreux chefs d’entreprise m’ont dit que leur problème n’est pas de pouvoir licencier sans motif pendant deux ans, mais de trouver des jeunes correctement formés et de fidéliser leurs salariés. Les jeunes sans qualification doivent avoir droit à une formation rémunérée et liée à une première expérience professionnelle. Plutôt que démotiver les jeunes en leur promettant des années d’incertitude, il vaut mieux, comme nous le faisons en Poitou-Charentes, payer le permis de conduire de ceux qui obtiennent leur CAP pour valoriser les métiers manuels, financer des tutorats pour qu’ils s’intègrent bien dans l’entreprise, développer massivement les formations en alternance, créer des emplois tremplin pour les jeunes diplômés et développer la recherche.


En matière d’emploi, vous prônez l’adoption d’une « flexsécurité » à la française. En quoi consiste-t-elle ?

Je n’emploie pas ce mot. Je pars d’un constat : la machine est bloquée. La France est en manque d’oxygène et d’espoir. Il faut redonner aux entreprises exposées l’agilité dont elles ont besoin pour être réactives, et aux salariés les sécurités dont ils ont besoin tout au long de leur parcours professionnel. Pourquoi chaque année 30 % des salariés danois changent-ils de travail sans drame ? Parce qu’ils ont un filet de sécurité solide. La protection n’est pas l’ennemie mais la condition de la prise de risque. La souplesse et la sécurité doivent aller de pair : c’est un choix de société et d’efficacité. Et celui de la motivation au travail.


Comment diviser par deux le chômage d’ici à 2012, comme le promet le PS ?

Les pays nordiques y sont parvenus, la France en est capable ! Il faut investir massivement dans l’innovation et la recherche. Répondre aux besoins des secteurs sous tension, ce qui suppose d’y améliorer les conditions de travail et les perspectives de carrière. « Coacher » efficacement les demandeurs d’emploi. Choisir un système gagnant-gagnant, et investir dans le nerf de l’innovation et des activités de demain : l’éducation et la recherche. Plus de sécurité pour plus de confiance, donc plus de croissance et plus d’emplois : c’est cette dynamique vertueuse qu’il faut stimuler.


Vous avez dit qu’il fallait aborder avec souplesse la problématique des trente-cinq heures. Cela signifie-t-il que l’on peut y renoncer ?

Les trente-cinq heures ont amélioré la qualité de vie de nombreux salariés, la productivité des entreprises et créé des emplois. Elles ont aussi nécessité beaucoup d’efforts de réorganisation de la part des entreprises. Mais pour faire face à des plans de charges imprévues, les entreprises les plus exposées à la concurrence internationale doivent pouvoir bénéficier d’une certaine souplesse. Il faut faire avec les partenaires sociaux l’inventaire de ce qui doit être amélioré, mais il faut cesser de dire que les trente-cinq heures sont responsables de tous les maux. Il vaut mieux des salariés bien formés, bien motivés et bien payés pendant trente-cinq heures que des salariés démotivés. En Suède, la durée du travail est basse, le taux de chômage aussi.


Comment relancer la croissance ?

En restaurant la confiance. Les Scandinaves sont aujourd’hui plus optimistes que les Français, car leurs sociétés sont plus égalitaires que la nôtre, et conjuguent performances économiques et haut niveau de protection sociale. La politique actuelle, brouillonne et improvisée, nous tire vers le bas et nous empêche de valoriser nos atouts. Il faudra investir dans les formations, la recherche et les biens publics, car leur qualité est nécessaire à nos entreprises et à l’attractivité de la France. Une politique fine de régulation économique doit permettre de relancer la croissance quand elle ralentit et de constituer des réserves quand elle repart. Il faudra aussi une politique d’innovation très volontaire : lorsque les Suédois se mobilisent pour préparer l’après-­pétrole, ils sécurisent leur croissance de demain. Lorsque la région Poitou-Charentes noue avec OSEO un partenariat unique en France, c’est pour renforcer son soutien aux entreprises innovantes en débureaucratisant les systèmes d’aides. Enfin, il nous faut une politique industrielle européenne qui favorise l’émergence de champions européens dans des secteurs d’avenir.


Faut-il vraiment accroître les salaires, au risque de détériorer la compétitivité des entreprises ?

Il faut payer le travail à son juste prix. Un salarié compétent et motivé, s’il est bien payé, participe à la compétitivité des entreprises. L’économie n’est pas un système de vases communicants où la performance des entreprises reposerait sur la paupérisation des salariés. Le salaire fait partie de la compétitivité : la productivité, la qualité des formations, la motivation des salariés, la fiscalité, les efforts de la collectivité en matière de recherche ou d’infrastructures comptent aussi. Aujourd’hui, l’atonie de la consommation et l’apathie des investissements ont partie liée. Ce sont d’abord les marchés solvables qui peuvent tirer la croissance française. Le respect de la valeur travail suppose des conditions de rémunération, donc de vie, qui permettent aux salariés de se loger dignement, de fonder une famille, de faire des projets. La France ne s’en sortira pas en alignant ses salaires sur ceux des pays émergents ! L’Etat doit assumer sa responsabilité régulatrice et redistributrice.


Comment financer les promesses déjà inscrites au programme du PS : revenu pour insérer les jeunes dans l’emploi, allocation-logement jeunes ?

L’Etat est appauvri parce que le gouvernement a laissé filer la dette et ne sait pas réformer sans accroître les injustices et bloquer encore plus le pays. Des allégements d’impôts non justifiés ont mis en danger le financement de l’action publique. Des baisses de charges à l’aveuglette ont surtout produit des effets d’aubaine. La première chose à faire, c’est une fiscalité juste et des finances publiques mieux gérées. Dans ma région, nous finançons beaucoup d’actions nouvelles sans augmenter la fiscalité régionale. J’ai défini des priorités, remis de l’ordre et supprimé les gaspillages. A l’échelle nationale, des marges de manœuvre financières peuvent être dégagées si l’Etat est plus efficacement piloté et chaque collectivité publique recentrée sur des compétences claires. Pour que chaque euro dépensé soit un euro utile.


Quels aspects de la politique économique de Tony Blair vous paraissent-ils dignes d’intérêt ?

Tout n’est pas positif, on le voit avec la grève actuelle dans les services publics, mais le Premier ministre britannique a une vision mobilisatrice de son pays. L’investissement dans les services publics. Le recul du chômage des jeunes auxquels on donne davantage leur chance. Les travailleurs pauvres y sont nombreux et les inégalités fortes, mais je ne vois pas au nom de quelle langue de bois je devrais m’interdire de regarder certaines choses qui marchent outre-Manche, en Espagne ou dans le nord de l’Europe.


Que pensez-vous de la notion de patriotisme économique ?

Etre patriote, c’est avoir le souci de la France. La droite détourne aujourd’hui cette notion politique et affective en la mettant au service d’un Meccano sans vrai projet industriel, et de la privatisation d’un service public au mépris des engagements pris. Le vrai patriotisme, c’est donner à la France les moyens d’être forte en s’appuyant, notamment, sur une ambition européenne bien comprise.


Quelle doit être, selon vous, une politique économique de gauche ?

C’est faire en sorte que la France saisisse toutes ses chances et valorise tous ses atouts. Il faut réconcilier les entreprises avec le public en valorisant celles qui assument leur responsabilité sociale. Il y a aussi d’immenses progrès à faire dans le management : le stress des cadres est facteur de destruction de richesse. Il faut aussi mettre de l’éthique dans les aides publiques. En Poitou-Charentes, nous avons créé un fonds d’aide à l’innovation et fixé des conditions aux aides publiques : les entreprises s’engagent à ne pas licencier ou délocaliser si elles font des profits, et à ne pas porter atteinte à l’environnement. Les chefs d’entreprise l’acceptent, car ils savent ce qu’est un contrat. En contrepartie, nous débloquons très vite les aides. Pour encourager la performance économique, il faut réformer la lourdeur administrative. Il y a trop de bureaucratie. En région, 1 250 entreprises ont été créées en deux ans grâce aux bourses tremplin que nous avons mises en place.



Sources : http://www.desirsdavenir.org

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